La mise en oeuvre
Pendant des siècles, les peintres - artisans, décorateurs - ont fabriqué eux-mêmes leurs peintures, ils ont développé, selon les régions et en fonction des matières premières disponibles, des techniques picturales variées.
Le développement de l'industrie chimique a donné naissance à une étonnante variété de couleurs et de produits, et les fabricants de peintures ont fait oublier aux peintres artisans leur savoir et les ont transformé en ouvreurs de boîtes et en tâcherons.
Par opposition, dans le domaine des peintures naturelles, l'accent est mis sur la transparence et l'interdépendance de l'élaboration et de la mise en uvre. Ce mouvement a permis l'éclosion d'entreprises de peintures écologiques qui ont redonné vie à d'anciens savoirs.
Suivant l'usage, nous avons séparé les peintures d'intérieur et d'extérieur, mais il n'existe pas d'exclusivité.
Beaucoup de peintures pour l'extérieur peuvent s'utiliser à l'intérieur, suivant la résistance qu'on veut obtenir.
Inversement, il est possible d'utiliser à l'occasion des peintures d'intérieur à l'extérieur dans des endroits protégés.
1 - Les peintures pour murs et plafonds (à l'intérieur)
La peinture à la colle est un exemple simple de peinture à l'eau pour murs et plafonds.
Traditionnellement, les colles étaient à base d'amidon, aussi de peau ou d'os.
Aujourd'hui, elles sont remplacées par des colles à papier peint à base de méthylcellulose.
Quand celle-ci est sans additifs (conservateur, activateur), elle n'est certes pas toxique, mais elle reste issue de la chimie du chlore, qui n'est pas spécialement écologique.
Au plan technique, on a besoin d'une colle et d'une poudre blanche comme pigment.
La craie a fait ses preuves dans ce domaine: elle possède certaines qualités de charge et son dégré de blanc est suffisant, de sorte qu'on évite de recourir au blanc de titane.
Dans le commerce des peintures naturelles, il existe toute une série de préparations comme, par exemple, une peinture en poudre à base de craie, kaolin, acide silicique avec un peu d'amidon, qu'on mélange simplement à l'eau.
Même si les peintures à la colle souffrent d'une réputation de moindre qualité, elles gardent tout leur intérêt.
Souvent, les problèmes proviennent d'une mise en uvre défectueuse.
Les supports doivent être toujours absorbants et solides, les vieilles peintures à la colle doivent être complètement enlevées, sinon il y a toujours le risque que la vieille couche vienne quand on passe la nouvelle.
Au plan écologique, c'est une technique intéressante: la recette est très simple, surtout à base de craie (qui peut être disponible localement) liée à 5 à 7% de colle.
Les couleurs s'obtiennent facilement et donnent de beaux résultats.
Il n'existe pas de peinture meilleure marché, et les résidus se compostent facilement.
La peinture à la caséine possède un avantage sur la peinture à la colle: en séchant, elle durcit, ce qui la rend moins sensible à l'eau.
Cette qualité peut être renforcée par l'ajout d'une huile végétale naturelle (lin, tournesol, carthame
) grâce au pouvoir émulsifiant de la caséine.
Toutes les sortes de peintures à la caséine ont pour liant la caséine, on y ajoute de la chaux ou des sels alcalins comme le borax qui est intéressant au plan technique et au plan écologique (produit naturel).
C'est le mélange qui rend la caséine hydrosoluble et conditionne le fort pouvoir collant.
On peut utiliser toutes sortes de pigments.
La particularité des peintures à la caséine réside dans le fait qu'on n'a pas besoin de la super couleur blanche du blanc de titane, contrairement aux peintures dispersion à l'huile de lin qui, sans cela donne à la craie une couleur gris jaunâtre.
Il existe en gros deux variantes de peinture à la caséine:
- la peinture à la caséine et à la chaux.
C'est la recette la plus ancienne, qui a été développée à partir des badigeons à la chaux.
La caséine ajoutée ici sert de liant supplémentaire, elle complète l'action de la chaux, qui la rend elle-même hydrosoluble.
Ces peintures sont plutôt liquides et sentent fort, mais leur action désinfectante empêche la formation de moisissures.
- la peinture à la caséine au borax est plus facile à mettre en uvre pour l'amateur.
On utilise ici des sels alcalins moins agressifs que les hydrates de chaux, il s'agit du borax, un des sels de bore naturels, qui rend possible la préparation aqueuse de la caséine et en fait un liant très crémeux.
La peinture à la caséine a de bonnes propriétés adhésives, avec un film très dur et résistant et un aspect mat très décoratif.
2 - Peintures de façades (à l'extérieur)
Les peintures extérieures demandent une mise en uvre soignée, plus exigeante que les peintures d'intérieur.
Les badigeons à la chaux aérienne sont issus de la peinture artisanale traditionnelle.
Pour comprendre le processus en jeu ici, il faut connaître le cycle de la chaux (voir schéma du cycle en annexe).
Les pierres à calcaires (carbonate de calcium) extraites des carrières subissent une cuisson à 1000°C environ, on obtient alors de la chaux vive (oxyde de calcium), très agressive, qu'on éteint avec de l'eau (chaux éteinte ou hydroxyde de calcium).
Cette chaux éteinte ne se conserve que dans l'eau: au contact de l'air, elle absorbe le gaz carbonique présent pour donner du carbonate de calcium, et le cycle est bouclé.
Autrefois, les peintres et bien sûr les maçons utilisaient pour leur usage ces réactions chimique.
Ils conservaient la chaux éteinte dans de grandes fosses remplies d'eau, à l'abri du gel.
Un long stockage améliore la qualité en provoquant l'extinction totale de la chaux et une meilleure épuration.
Cette chaux éteinte fine était utilisée pour la peinture murale: au contact de l'air, elle retrouvait par carbonatation la dureté du calcaire, et une excellente couleur blanche.
Une bonne peinture à la chaux se passe de préférence sur un enduit alcalin, un enduit à la chaux vieux de quelques à quelques mois.
C'est seulement sur un tel enduit que peut avoir lieu le phénomène de carbonatation qui assure la qualité de la peinture à la chaux.
Pour une bonne réaction, il faut en outre une humidité suffisante: l'eau forme avec le gaz carbonique de l'air de l'acide carbonique qui réagit avec la chaux alcaline, pour donner naissance à du carbonate de calcium.
S'il n'y a pas assez d'eau pour la formation de l'acide carbonique, la chaux sèche simplement, et la peinture devient crayeuse après le séchage.
Il faut donc mouiller les enduits trop secs.
La température de mise en uvre doit se situer entre 8 et 20°C, il faut éviter de peindre en plein soleil.
Quand l'enduit est neutre, il ne fait pas corps avec la peinture: la couche de peinture n'offre pas les mêmes qualités.
Il faut utiliser des pigments insensibles à la chaux.
Dans les régions industrielles, où règne une atmosphère acide qui nuit aux peintures à la chaux, il vaut mieux utiliser les peintures aux silicates.
Les peintures aux silicates à base de sable de quartz fondu sont plus résistantes à ce point de vue.
On retrouve ici aussi la même réaction: ces peintures réalisent une liaison solide avec le support par la pétrification du silicate qui a lieu au contact du gaz carbonique de l'air.
Cette peinture reste perméable à la vapeur d'eau, tout en étant très résistante: il n'est pas rare de voir des peintures de façade aux silicates vieilles de 30 ans encore en bon état.
Là aussi, il convient de respecter certains principes: l'enduit doit être à base de sable, pour que la liaison se fasse avec les silicates.
Il faut choisir des pigments compatibles, utiliser de l'eau distillée ou de l'eau de pluie.
Ne pas appliquer sur un enduit au plâtre.
3 - Traitements de surface pour les bois
On parle volontiers de protection du bois, mais c'est souvent dans la confusion la plus totale: c'est pourquoi, il convient avant tout d'expliquer quelques notions fondamentales.
La protection structurelle du bois
L'ennemi principal du bois, c'est l'humidité, et la meilleure protection du bois commence par garder au sec les structures en bois du bâtiment.
C'est logique, si on tient compte du fait que les parasites du bois d'origine animale ou végétale ont besoin d'une humidité minimale.
Dans une maison bien conçue, ce taux d'humidité n'est pas atteint.
En général, l'attaque des parasites a toujours lieu là où il existe des problèmes de construction, et les produits de traitement ne peuvent pas remédier à ces défauts.
Dans le cas d'une construction neuve, il faut faire de la prévention: garder le bois au sec le plus possible, empêcher l'humidité de stagner (éclaboussures des bois près du sol, aération des bois de doublage).
La capacité de diffusion des peintures ou produits d'imprégnation est importante, car si l'humidité ne peut s'échapper des bois, cela peut conduire à des désordres dans la construction: mineurs - comme le cloquage des peintures, majeurs - comme le pourrissement du bois.
Le traitement idéal du bois, c'est une peinture à l'huile qui est imperméable à l'eau tout en laissant passer la vapeur d'eau.
Le bois qui grisaille naturellement
L'exposition aux intempéries ne signifient pas tout de suite la destruction.
Quand on observe une clôture en bois non traité en Scandinavie ou un toit de bardeaux dans les Alpes, on constate que ces bois ont vieilli aussi sans traitement.
Avec le temps, le bois a pris un aspect argenté, une patine, il s'est ainsi créé une couche de protection.
Exposé sans protection aux intempéries et aux UV, le bois a perdu sa couche externe composé de lignine, deuxième constituant du bois après la cellulose.
Cette couche de protection qui s'est formée n'intéresse pas les parasites.
La protection préventive du bois
La carbonisation des bois qu'on veut mettre au contact du sol est une très vieille méthode de protection, qui a été utilisée surtout pour des piquets de clôture.
Avant de les mettre en terre, on les carbonisait légèrement: quelques millimètres de bois charbonné ont un effet répulsif pour les insectes et les champignons, ils n'y trouvent plus de substance nutritive.
En outre, la capillarité est arrêtée, ce qui empêche la pénétration de l'eau.
Les sels de bore
Ce sont des sels d'origine naturelle.
On peut comparer leur action au sel de cuisine qui assure aussi la conservation des aliments.
Les sels de bore ont en plus une action fongicide et anti-bactérielle.
Ils sont connus et appréciés depuis longtemps.
Les gisements les plus grands exploités aujourd'hui se trouvent dans le désert Mohave au Nevada.
Au début, ces sels étaient simplement récoltés en surface, aujourd'hui ils sont extraits de mines souterraines.
On a déjà évoqué le borax (borate hydraté de sodium) à propos de la caséine, parce qu'il la rend soluble dans l'eau.
Ici, il s'agit du sel de bore, l'octoborate, qui avec ses teneurs plus importantes en bore possède des propriétés antiseptiques plus importantes.
Il est soluble dans l'eau, ce qui le rend d'ailleurs impropre à l'utilisation à l'extérieur, et est très facile d'utilisation.
L'imprégnation aux sels de bore n'a de sens que là où ils ne risquent pas d'être délavés par l'eau.
Fabriquer une solution de sel de bore à 10% est à la portée de chacun: il faut simplement diluer 1 kg de sel de bore dans 9 litres d'eau.
Vous voyez qu'il est inutile d'acheter des produits tout préparés, dont le transport, par sa consommation d'énergie, aura un impact sur l'environnement.
L'application par contre demande un soin particulier.
D'après la norme DIN 68 800, il faut 50 à 60 g de sel de bore par m².
Il est conseillé de passer 2 couches d'imprégnation au sel de bore, la deuxième couche sur la première encore humide.
La mise en uvre peut se faire par pulvérisation, par trempage ou avec un pinceau.
Il faut laisser les bois sécher lentement, à l'abri du vent, du soleil et de la pluie.
Le lessivage à la soude ou à la potasse
Le bois qui grisaille en vieillissant subit un lessivage naturel: cette réaction du bois peut être accélérée artificiellement, ce qui augmentera la résistance du bois aux champignons et aux insectes.
Le lessivage à l'aide de soude ou de potasse, qui est une pratique ancienne, permet d'éliminer les matières nutritives contenues dans le bois (protéines, amidon, sucre, dont se nourrissent les champignons), il diminuera aussi le travail du bois, qui se fendillera beaucoup moins en séchant (les fentes favorisent en effet l'installation des insectes).
Le lessivage à la soude (solution à 6%) se fait à une température comprise entre 15 et 30°C à une pression de 4 bars.
On peut aussi utiliser une brosse à chiendent, comme autrefois.
On rince ensuite le bois à l'eau claire et on le laisse sécher.
Le lessivage va dissoudre non seulement la lignine, mais aussi la résine, ce qui évitera des écoulements de résine par la suite.
Le traitement curatif du bois
Le problème surgit quand le bois est déjà attaqué par des insectes ou des champignons.
Seule une utilisation massive de produits toxiques permettra la destruction de ces parasites vivants dans le bois, mais en portant atteinte à notre santé.
Le plus simple serait de changer les parties atteintes.
L'huile de Neem (extraite à partir des fruits d'un arbre tropical) pourrait constituer une solution de rechange aux produits toxiques: elle est efficace contre les insectes sans représenter un danger pour les animaux à sang chaud.
Dans la pratique, l'utilisation de cette huile pour le traitement des bois n'est pas encore au point.
Les produits les plus efficaces sont malheureusement les plus toxiques.
Comme ils sont volatils, ils se répandent partout, et il faut se protéger quand on les utilise (masque à gaz).
Mais les bois traités continuent d'émettre pendant un temps très long des vapeurs toxiques, qui peuvent conduire à un empoisonnement chronique.
Quand on vit longtemps dans cet environnement, on emmagasine dans notre corps de grandes quantités de ces poisons, qui attaquent le système nerveux ainsi que le système immunitaire.
Sans parler de l'impact écologique de ces produits sur l'environnement, surtout quand il s'agit d'éliminer les éléments de construction traités.
Le traitement à l'air chaud
En Allemagne, cette méthode commence à être utilisée depuis un certain temps par des entreprises spécialisées, quand il s'agit de traiter une charpente encore bonne, par ailleurs.
C'est pour l'instant la seule méthode efficace qui ne soit pas toxique.
Le cur du bois doit atteindre une température de 55°C pendant au moins 1 heure, ce qui détruit les insectes, leurs larves, et les champignons.
Les traitements de surface des bois
Il s'agit ici de protéger le bois du rayonnement solaire qui détruit la lignine du bois.
Une couche de lasure pigmentée qui filtre les UV constitue un procédé efficace.
Mais il faut prendre en compte, avant toute chose, les qualité diverses des bois et ses propres exigences: il faut traiter différemment les bois durs et les bois tendres, un bois simplement scié ne peut pas se transformer en une surface polie simplement avec un produit de traitement.
Pour obtenir une surface finie très lisse, par exemple, il convient de mouiller le bois en passant un chiffon humide, avant le dernier ponçage.
On peut traiter les bois de différentes façons : avec des lasures à la bière pour une fonction seulement décorative, avec des huiles (utilisation la plus fréquente), mais aussi avec des cires.
Les lasures à la bière se composent simplement de bière et de pigments (jusqu'à une proportion de 15%).
Elles permettent de réaliser de très beaux effets décoratifs sur des surfaces qu'il n'est pas nécessaire de laver.
Cependant, il est possible de les rendre insensibles à l'humidité avec une couche d'huile ou de cire.
L'huile d'imprégnation constitue une sous-couche générique pour tous les traitements de surface du bois.
Il s'agit ici d'huile de lin diluée avec de l'essence de térébenthine du Portugal, pour une meilleure résistance aux intempéries, on ajoute aussi des huiles cuites.
Les huiles d'imprégnation sont plus liquides afin qu'elles pénètrent mieux dans le support, et qu'elles remplissent les pores du bois en chassant les bulles d'air qui pourraient provoquer par la suite des dégâts.
Il est très important d'appliquer des couches fines d'huile, afin de faciliter le séchage, il convient donc d'essuyer le surplus.
À l'intérieur
On travaille avec des mélanges d'huiles un peu moins perméables à la vapeur d'eau que pour l'extérieur.
On peut aussi travailler avec des produits transparents, non pigmentés, puisque la protection contre les UV ne s'impose pas.
Avec le temps, les huiles peuvent jaunir et le bois s'assombrir.
Les huiles dures sont utilisées surtout pour le sol.
On y incorpore une part de résine (colophane) donne de la dureté.
Les sols huilés (parquet, carreaux de terre cuite, liège) peuvent être nettoyés avec une eau tiède légèrement savonneuse;
Les cires dures contiennent de l'huile et un solvant, sinon on ne pourrait pas les appliquer à cause de leur dureté.
Là aussi, il faut travailler en couche mince, pour favoriser le séchage.
L'ajout de cire de carnauba (la plus dure des cires végétales) permet d'obtenir une plus grande dureté.
L'encaustique à la cire d'abeille, à base d'huile de lin et de cire d'abeille, permet l'entretien des portes et des meubles.
À l'extérieur
La part des huiles cuites est très importante pour la résistance aux intempéries et aux UV.
Les pigments de terre sont ici recommandés, car ils sont stables à la lumière.
Une peinture couvrante offre la meilleure protection contre les UV, grâce à la quantité importante de pigments présents qui absorbent totalement les UV.
Les lasures permettent de voir les veines du bois, mais doivent contenir suffisamment de pigments pour être efficaces.
Précautions!
Tous les produits qui contiennent de l'huile de lin peuvent s'auto-enflammer.
Faire sécher les chiffons imprégnés ou les conserver dans un récipient bien fermé (bocal en verre, boite métallique).
4 - Autres produits naturels intéressants
Sans sortir du cadre des peintures naturelles, on peut citer ici quelques produits intéressants qui touchent à ce domaine.
Les colles sont des substances très utilisées dans le domaine de la construction.
La plupart du temps, elle contiennent des produits de synthèse et surtout des solvants.
À partir de la caséine, on peut aussi fabriquer une colle efficace, qu'on utilise pour les revêtements de sols (linoleum, liège) ou pour le carrelage.
Le mastic à fenêtre traditionnel n'est rien d'autre qu'un mélange d'huile de lin et de craie, qui a un temps de séchage long.
Il peut être teinté avec des pigments, on peut le peindre avec une peinture à l'huile.
La craie est simplement pétrie avec un peu d'huile, jusqu'à l'obtention d'une masse homogène.
Avant le masticage, bien nettoyer les feuillures et passer une couche d'huile d'imprégnation.
De la même façon, en mélangeant de la sciure avec une huile dure, on obtient un mastic à bois qui permet de boucher des trous.