Les liaisons

Les quatre familles d'ingrédients décrites ci-dessus peuvent fournir les éléments de base qui entrent dans la composition d'une peinture, à condition de prendre en considération aussi l'aspect technique (se reporter au chapitre concernant l'utilisation). Une recette bien conçue ne garantit seule la réussite d'une peinture, il existe en effet toute une série de conditions qui peuvent exercer une influence considérable sur le résultat final.

1 - Les supports

Une peinture ne vaut qu'autant que son support. Il faut d'abord parler de la solidité du fond. Il va de soi qu'il ne vaut mieux pas peindre un enduit ou une vieille peinture qui s'écaille, il faut d'abord éliminer les parties abîmées, nettoyer le support, le dégraisser (une peinture à l'eau ne se passe pas sur un fond gras). Si le support contient des sels solubles, ou est fortement taché (suie, moisissure, auréoles), il convient de l'opacifier à l'aide d'une impression à base de gomme laque (soluble dans l'alcool) par exemple.
La capacité d'absorption est une autre notion fondamentale. Quand on parle de support normalement absorbant (ouvert), cela signifie qu'il va absorber un peu du liant contenu dans la peinture, ce qui permettra une bonne liaison physique de la peinture avec le fond. Si un support n'est pas absorbant (fermé), comme le verre d'une vitre par exemple, la liaison se fait très mal. Par contre, si le support est très absorbant, il pompe tout le liant, ce qui rendra la peinture poudreuse après séchage.
Pour tester la capacité d'absorption, il suffit, la plupart du temps, d'asperger le mur avec quelques gouttes d'eau. Si elles coulent le long du support, une sous-couche n'est pas nécessaire; par contre, si elles pénètrent aussitôt dans le support, il faut absolument passer une sous-couche, qui aura pour fonction de saturer le support avec un peu de liant, afin qu'à la couche suivante, il reste plus de liant pour les pigments.
La notion de compatibilité attire l'attention sur le fait qu'on ne peut pas peindre n'importe quel support avec n'importe quelle peinture. Il faut faire attention surtout en ce qui concerne les peintures aux silicates et les badigeons à la chaux. Il faut aussi distinguer les peintures intérieures des peintures extérieures. Les différents supports (minéraux / organiques / synthétiques = mortier, pierre / bois, liège / plastique) conditionnent le choix de la peinture.

2 - Les techniques de construction

Il va de soi que les peintures ne doivent pas être toxiques. En outre, elles ne devraient pas se charger en électricité statique, elles devraient avoir une odeur agréable, ou neutre, même pendant l'application!
Un point à souligner: la capacité de diffusion (c'est-à-dire la perméabilité à la vapeur d'eau) est une notion importante pour les peintures murales et les produits d'imprégnation sur les parties en bois qui séparent l'intérieur de l'extérieur (comme les fenêtres).
C'est justement quand des matériaux ont été choisis pour assurer une fonction de tampon pour l'humidité de l'air, qu'il est désastreux de bloquer celle-ci avec une peinture imperméable à la vapeur d'eau. Quand on cuisine, quand on reçoit beaucoup de monde, c'est-à-dire quand l'air contient pas mal d'humidité, le support peut absorber l'humidité, il la rendra ensuite peu à peu. Les liants doivent donc garantir une perméabilité à la vapeur. Les peintures aux silicates et à la chaux, mais aussi les peintures à la colle et à la caséine, sont des peintures perméables à la vapeur.
Au-delà de cette fonction de tampon, les parois extérieures perméables à la vapeur d'eau, vont permettre à l'humidité intérieure de migrer vers l'extérieur, ce qui est important pour les murs, mais surtout pour les parties en bois. Sous nos latitudes, l'humidité de l'air à l'intérieur des maisons en hiver est plus importante qu'à l'extérieur, surtout en période de gel. L'air humide intérieur pénètre dans le bois et doit être évacué vers l'extérieur. Si une couche de peinture étanche l'en empêche, cela provoque, dans le meilleur des cas, le cloquage de cette peinture. Au pire, l'augmentation du taux d'humidité des bois extérieurs, à cause d'une peinture imperméable, entraînera à coup sûr des dégâts. C'est un problème qui a contribué à déconsidérer l'utilisation du bois pour les fenêtres, et qui a favorisé celle du PVC. L'application de peintures à l'huile traditionnelles permet de résoudre à bon compte ce problème: celles-ci restent toujours perméables à la vapeur d'eau, à cause de leur structure moléculaire (une molécule d'huile de lin est 50 fois plus petite qu'une molécule de synthèse.
La résistance à l'usure est aussi une exigence à prendre en compte, surtout quand il s'agit de la protection des matériaux. Ce qui est important ici, c'est la résistance aux intempéries et aux UV. Se reporter au chapitre sur la mise en œuvre.